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Chapter 16  Le monde virtuel

Internet change les relations entre les personnes comme a pu le faire le téléphone.

L'étude de France Telecom sur l'usage d'Internet par les français présente l'intérêt d'Internet pour les utilisateurs occasionnels ou les internautes assidus. On note que pour ces derniers, les échanges tiennent une part nettement plus importante que pour l'ensemble de la population :


Figure 16.1: Utilisation d'Internet par les français

source : Baromètre France Telecom, février 2002

Pour les internautes, Internet sert avant tout à échanger du courrier. On notera au passage que pour les non-internautes, l'intérêt du courrier électronique est limité puisqu'ils ne sont que 60% à imaginer l'utiliser1. Cet aspect souligne la différence entre le Minitel, produit de consommation familier aux Français, et Internet, outil de communication. D'ailleurs, même si les internautes français se disent friants du courrier électronique, l'e-mail est encore peu utilisé au sein de sa tribu par rapport à d'autres pays européens :


Figure 16.2: Intensité de l'utilisation du courrier électronique

source : SIBIS, Pocket Book 2002/03

On considère dans cette étude, une intensité élevée de communication par courrier électronique lorsque plus des 3/4 des amis et parents d'un internautes ont un adresse électronique.

Si la notion de communauté virtuelle n'est pas immédiate, elle s'impose à l'usage.

Les niveaux de relation au sein d'Internet sont :
  1. les amis proches avec lesquels on communique par mail voire via irc ou d'autres formes de discussion interactive,
  2. les relations professionnelles pour lesquelles le mail est encore l'outil le plus utilisé suivi des listes de diffusion,
  3. les contacts en direct mais le plus souvent passagés, à la Minitel rose, qui recouvre irc ou encore ICQ,
  4. les personnes partageant un intérêt commun qui se retrouvent dans des forums (newsgroup) ou dans des listes de diffusion, le plus souvent rattachées à un site web.
Ce dernier point est à l'origine des communautés virtuelle sur Internet. Parmi ces communautés certaines sont devenues célèbres, la plus célèbre étant celle des logiciels libres. Ainsi la figure ci-dessous, illustre les contacts que se sont forgé les développeurs de logiciels libres à travers Internet. Il est à noter qu'il s'agit des relations de développement qui sont nettement plus restreintes que ne l'est la communauté des utilisateurs.


Figure 16.3: Nombre de contacts réguliers entretenus par les développeurs de logiciels libres entre eux en pourcentage

source : Free/Libre and Open Source Software: Survey and Study, juin 2002.

16.1  Le logiciel libre

16.1.1  GNU's not UNIX



Figure 16.4: RMS


Le projet GNU a été lancé en 1984 par Richard M. Stallman afin de créer un système d'exploitation libre. Le système devait être similaire à UNIX sans en être un, d'où la maxime GNU's Not Unix!2.

Ce système, Hurd, n'a pas vu le jour, ou du moins sous la forme annoncée par Stallman, mais le projet GNU a permis la création de nombreux logiciels libres donc le compilateur C gcc et a ainsi permis la création de Linux. De nombreux autres projets libres doivent leur existence au projet GNU soit en s'appuyant sur des logiciels libres du projet GNU, soit en reprenant la philosophie et la licence GNU, la GPL.

Mais l'aspect principal du projet GNU est sa portée politique. Les logiciels, comme la connaissance, doivent être libres d'accès.

16.1.2  L'aspect politico-économique des logiciels libres

Pour un chercheur, un logiciel dont on ne dispose que de l'exécutable est un produit inexploitable. Il ne permet pas de comprendre son fonctionnement ni de développer des extensions ou de l'intégrer à un projet.

Pour un utilisateur lambda, un logiciel commercial est un objet dont l'utilisation est strictement réglementée et la copie et diffusion interdites.

A l'inverse un logiciel libre permet Cet aspect primordial dans le cas de la recherche est aussi des plus importants lorsqu'on touche les institutions publiques. Pour de nombreuses personnes, les logiciels libres doivent être la norme pour On peut aussi mettre en avant l'aspect solidaire des logiciels libres en particulier vis-à-vis des personnes et des pays pour lesquels le coût de licence logiciel est prohibitif.

Enfin d'un point de vue économique, les logiciels libres apportent une solution élégante liée à la gratuité des coûts de copie et de diffusion des logiciels. En rendant libre son travail, un développeur le met gratuitement à la disposition des autres. Sachant qu'un très grand nombre de développeurs en font de même, chacun récupère tout le travail des autres en échange de son travail personnel, ce qui compense plus que largement le travail offert.

Si l'on pouvait avoir la copie et la distribution des aliments gratuits, il suffirait, en appliquant le principe des logiciels libres, qu'une personne cultive une douzaine de carottes pour que tout le monde ait sa douzaine de carottes, qu'un autre produise un gateau au chocolat pour que chacun ait son gateau au chocolat autant de fois qu'il veut.

Bien sûr il n'est pas possible de dupliquer les petits pains, mais puisque c'est possible avec les logiciels, l'idée des défenseurs des logiciels libres est que le système économique classique n'est peut-être pas le mieux adapté au développement des logiciels et à tout ce qui est numérisable.

16.1.3  Les mouvements du libre

La communauté des logiciels libres est probablement la plus importante sur Internet. On estime à plus de 20 millions les personnes utilisant des logiciels libres à travers Linux. Elle est très active et dispose aujourd'hui de nombreux relais à travers les forums et sites web dédiés, des journaux spécialisés, des organisations, des individualités dont des hommes politiques, etc...

En reprenant cet ordre, on peut citer les forums *.comp.*.linux, des sites web comme Da Linux French Page en français ou un site pilier au niveau mondial, Slashdot.

Parmi les principales organisations qui oeuvrent pour le développement des logiciels libres on a entre autres : Enfin citons ces quelques hommes politiques français :

Lionel Jospin :
L'administration montre l'exemple en ayant recours à des solutions technologiques innovantes, tels les logiciels libres qui, bien souvent, favorisent la pérennité et la sécurité des systèmes d information.
Christian Pierret :
J'ai déjà soutenu personnellement les logiciels libres [...] Je suis heureux de voir des éditeurs français de logiciels libres comme MandrakeSoft réussir aux Etats-Unis. Je soutiens Linux et les logiciels libres parce qu'ils permettent à l'administration d être plus rapidement en ligne.
Michel Sapin :
Je veux saluer pour conclure ce qui constitue finalement, de mon point de vue, l'apport le plus important de la communauté du libre à notre société. Il s'agit de la démonstration, faite chaque jour par le développement d'outils comme Apache, Zope ou Linux, de la force et de l'efficacité du modèle de développement coopératif qui est le propre des logiciels libres.

16.2  L'internet politique

Comme tous les médias, Internet sert à propager les idées politiques et comme souvent, Internet sert plus spécifiquement à exprimer les idées politiques directement liées à Internet à savoir liées à l'impact des ordinateurs et des réseaux sur notre société.

On retrouve dans ce cas le même schéma que pour la communauté des logiciels libres avec des discussions au niveau du mail et de listes de diffusion, des forums et la création d'organisations virtuelles.

16.2.1  Computer Professionals for Social Responsibility

Le CPSR a été crée en 1982 pour surveiller l'usage des ordinateurs en particulier par les militaires. Cette association a ainsi souligné l'impossibilité technique d'un point de vue informatique du projet de guerre des étoiles de Ronald Reagan.

Le CPSR a augmenté son champ d'action en créant en 1986 le Privacy and Civil Liberties Project situé à Washington afin d'apporter son expertise informatique aux organismes en ayant besoin. Au début des années 90 le CPSR a poussé l'administration américaine à développer Internet auprès du grand public. En 1994, la délégation à Washington du CPSR est devenu l'EPIC, The Electronic Privacy Information Center.

Depuis le CPSR intervient tant sur l'impact d'Internet sur la vie privée que sur la gouvernance d'Internet ou la propriété intellectuelle.

16.2.2  Les associations d'utilisateurs

L'ISOC, mais aussi en France l'Association des Utilisateurs d'Internet, l'AUI, ou le chapitre français de l'ISOC, ont dès leurs débuts abordés les problèmes politiques liés à Internet en plus de leurs aspects d'information, de réflexion technique, de défense des consommateurs... Il entre dans leurs buts le plus souvent, d'intervenir auprès des politiques de leur pays pour faire évoluer les lois ayant un impact sur Internet dans le sens qu'elles jugent préférable. Ainsi en 1996, l'AUI a obtenu que le conseil constitutionnel casse la loi Fillon instaurant un conseil de surveillance de l'Internet.

Ces associations forment aussi des réseaux virtuels entres elles et le cas échéant créent des associations d'association afin de défendre un point précis comme c'est la cas pour The Global Internet Liberty Campaign.




1
L'ensemble de la population comprend les internautes qui représentent 47% de la population d'après cette étude
2
avec une définition récursive de GNU

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